
"Et un tableau, trois !"
Dernier round. Désolée pour le délai, j'ai été quelque peu occupée ces derniers jours, et il faut les trouver les plages de temps libre pour peindre. Je n'ai pas besoin de me répandre en explications quant aux techniques employées pour terminer le personnage, les photos parlent d'elles-mêmes, et c'était très simple. J'ai commencé par le remplir avec des aplats, dans la valeur la plus sombre nécessaire pour chaque partie, avant d'appliquer des rehauts, et de compléter en fonçant certaines zones avec un glacis. J'ai commencé par la peau. Alors, comment on fait une belle couleur chair me demanderez vous ? C'est très facile : vous prenez les couleurs, vous les mélangez toutes, et vous continuez à ajouter ceci ou cela, et voilà ! À la fin, vous obtenez trois litres de couleur chair.
Et hop, mon personnage est déjà transformé. En kogyaru décolorée et cramée aux UV.
Sans paniquer devant la propension qu'a l'acrylique à foncer en séchant, et avec une confiance absolue dans mes tests préalables, je fais de même avec cette belle chemise grise (blanche). Je ne vous raconte pas la joie que j'éprouve à longer tous ces petits traits noirs (non, je ne pouvais pas faire un lavis), avec une peinture toujours trop épaisse lorsqu'on la veut couvrante, un pinceau de trois millimètres, le tout sur une surface râpeuse qui boit tout. Yeah ! Deux heures et demie pour cette connerie d'aplat de chemise, mais quarante minutes pour faire la botte intégralement, je ne comprends décidément rien à la peinture.
Pour des reflets sur une Doc, je vous conseille la bonne vieille stratégie de la Doc posée devant vous. Le modèle et l'éclairage n'étaient pas les mêmes mais ça aide tout de même beaucoup.
C'est ici que je bénis Libon, qui fait de très belles choses à l'acrylique sur son blog en ce moment, et qui a eu la bonne idée de parler du "médium fluide brillant pour glacis" de Sennelier. Sans vouloir faire de la pub à outrance (il y en a dans d'autres marques), ce produit m'a été d'un grand secours, c'est un bonheur de travailler avec, il permet vraiment d'étaler des couches de peinture transparentes et extrêmement fines, et donc de foncer progressivement les surfaces. C'est avec cela que j'ai pu par exemple travailler sur le marteau uniquement en couches noires successives. Je vous passe les explications sur "comment faire des reflets sur un marteau", c'est euh... au feeling, en observant où se trouvent les surfaces de lumière qui se réfléchiront dessus, et sous quels angles.
J'ai ensuite fait le fond des cheveux et de même pour le treillis (et oui, ne pas hésiter à retourner le tableau pour que l'angle du pinceau et celui de la lumière de la lampe soient optimaux)(ne pas hésiter à se servir de ses doigts non plus, toujours l'outil ultime pour des dégradés nickel).
Le lendemain, j'ai fait tous les rehauts. Sur le pantalon.
Sur la chemise.
Et sur le visage.
Je termine ensuite en appliquant des ombres en glacis noir extrêmement dilué là où je le juge nécessaire
et en peignant enfin cette fichue chaussette,
fatiguée, strabique mais contente
et fière comme Kirchner supprimant la dette de l'Argentine.
Enfin, voici la photo du tableau ce matin à la lumière du jour. Il y a quelques déformations dues à l'objectif, et certes, je ne suis pas entièrement satisfaite. Je retravaillerai sans doute quelques ombres et quelques volumes par-ci, par-là, mais je m'arrête là pour cette fois. Il y a d'autres choses très importantes auxquelles je dois me consacrer désormais. Sinon, je n'avais pas précisément envie d'un rendu réaliste pour le personnage. Au départ, je voulais le traiter uniquement en aplats, mais je me suis laissée prendre au jeu, et voilà. La phrase qui m'a inspiré cette image est la suivante :
La lucidité est le pire outil qui soit pour construire le bonheur.
Marcel Godin
En prime, voici un extrait de la musique que j'écoutais en boucle en peignant ce tableau.
Henryk Mikołaj Górecki, Beatus Vir op. 38.
Par Esther le 12 mars 2012 à 18:31 – 66 commentaires
Gand-Paris
Partie ce matin, revenue ce soir. Mon retour de Gand tout à l'heure. J'ai commencé à jouer avec l'appareil, et pis voilà quoi.

Par Esther le 7 mars 2012 à 23:40 – 7 commentaires
Et un tableau, deux ! — mise au point
Bon, vous aviez tous l'air super contents de mon béton, et bien que j'en fusse très flattée, la vérité est que je n'en ai pas dormi de la nuit. J'ai passé la journée d'hier à regarder mon fiasco avec une moue de dégoût, cherchant à comprendre comment retravailler la surface de ce mur sans foutre en l'air le tableau et moi-même par la même occasion. Je voulais que le mur ait un rendu plus réaliste, délicatement éclairé par une lumière rasante, comme si une autre baie de cet immeuble en construction où se trouve ma jeune donzelle laissait pénétrer du soleil sur le sol à quelques mètres, impliquant immanquablement, par réfraction, un dégradé de lumière qui donne corps à ce mur. Mais comment diable obtenir cette lumière rasante, conserver l'apparence du béton et sa texture, lisser l'ensemble, et ce avec de l'acrylique ? Je pense alors à ce bon vieux Léonard et son sfumato... Peut-on obtenir un sfumato avec de l'acrylique ? J'ai bien cherché et la réponse est oui. Il suffit pour cela de préparer une dilution extrême de la peinture dans un grand volume d'eau. On obtient alors un lait, comme ceci.
On trempe le pinceau, mais on l'éponge ensuite sur du Sopalin, sinon il sera trop chargé, et comme il faut travailler extrêmement vite sur une large surface, on n'aura pas encore tout étalé que commenceront à apparaître des traces et des zones trop claires.
On étale, très vite, par section, de la manière la plus homogène possible. J'ai passé facilement une dizaine de couches. C'est l'accumulation de couches très fines qui éclaircit et lisse progressivement la surface. La dilution que je vous montre est claire, mais j'ai aussi fait un jus sombre à base de noir pour obtenir un dégradé homogène du sombre au clair de gauche à droite.
Lorsque le pinceau commençait à être très peu chargé, je profitais de mon sèche-cheveux de compétition pour gommer certains défauts. La peinture étalée sèche ainsi instantanément et on peut éclaircir de petites zones trop sombres en un clin d'œil sans les sempiternelles traces qui s'agglomèrent avec une acrylique encore trop mouillée.
Et hop ! Tout est plus lisse, et le dégradé est là.
Le sourire de la victoire aussi.
Ensuite, je vais foncer les empreintes de banche dans le béton, en marquant la lumière de façon tranchée, claire à gauche, très sombre à droite. Je termine aussi le sol.
Et voilà ! On a une lumière rasante, un mur plus lisse. C'est bien le béton tel que je le voyais ! Je peux aller dormir, et la prochaine fois, j'attaque le personnage, promis !

Par Esther le 6 mars 2012 à 23:51 – 23 commentaires
"Et un tableau, deux !"
Nous y revoilà. Tout d'abord, je dois terminer cette vue de la ville. S'il s'agit d'une vue dans le lointain, dessiner ce genre de paysage n'est pas très compliqué, la perspective étant très aplatie. Je n'ai pas eu à faire de dessin de base. Sans la reproduire, je me suis inspirée d'une photo qui convenait, et après l'avoir bien observée, j'ai vaguement fait, depuis l'arrière-plan, un fond de taches allant du bleu le plus sombre du ciel (en haut), vers un gris plus sombre en avant-plan, en y ajoutant progressivement du noir. J'ai fait cela en touches carrées, disposées aléatoirement. On les voit encore un peu sur les photos du billet précédent. Ça c'est ma base pour les immeubles. Après avoir décidé la position de mon point de lumière, je précise le contour des immeubles "au feeling", de l'arrière-plan à l'avant-plan par des taches claires qui suggèrent les façades éclairées. Parce que nos belles villes modernes sont remplies de smog, le blanc de l'arrière-plan est plus jaune, et de plus en plus pur vers l'avant. De la même manière, les détails sombres se perdent progressivement dans le bleu à l'horizon et deviennent plus nets, plus foncés et dans des tons plus réalistes à l'avant-plan.
On enlève ensuite délicatement l'adhésif...
Et voilà ! On peut aller se coucher.
Le lendemain, je trace les joints de ce qui sera le mur de béton sur lequel s'adosse la jeune fille au marteau, et j'applique un fond gris que je réchauffe avec un peu de jaune. C'est une base, et lorsqu'on ajoute du blanc ou du noir à une couleur, elle se refroidit forcément. Un fond plus chaud évitera donc un rendu trop froid après l'ajout des textures, par touches claires et foncées. Je termine en remplissant les contours du personnage avec un pinceau plus fin. Pas moyen d'en faire plus ce jour-là, tant pis, je me lèverai tôt demain.
Fraîche comme un gardon qui a dormi quatre heures, je m'apprête, transcendée par la fièvre de l'enthousiasme, à faire courir un trait noir à l'intérieur des joints. Il se verra à travers les couches de peinture. Je prépare ensuite un gris plus sombre pour donner un peu de relief à ce béton.
Mais à quoi ça ressemble la texture du béton ? Dans le doute, je retrouve une image dans un livre et je prends des notes. Ce genre de mise au point est indispensable pour ne pas faire de connerie et, devant un désastre confirmé, céder à une pulsion suicidaire en ingurgitant ses tubes d'acrylique. Le sirop de grenadine, lui, a bien meilleur goût, mais reste facultatif.
J'ajoute alors les taches sombres, sur la base de mes notes et de mes gribouillis sur le béton, puis j'unifie la surface avec un jus plus clair. Je fais quelques rehauts blancs, et enfin, je dessine les ombres avec du noir très dilué, sur un pinceau que j'éponge copieusement sur du papier absorbant avant l'application.
Je fais le sol de la même manière, je place mes lumières. Ne pas hésiter à se servir de ses doigts !
Et je m'arrête là pour cette fois. Je peaufinerai les textures, les ombres et les lumières une fois le personnage peint, c'est plus facile une fois que les valeurs de l'ensemble sont cohérentes.
À bientôt !
Par Esther le 4 mars 2012 à 14:53 – 57 commentaires
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